programme Transformation sur un îlot parisien : construction d’un bâtiment R+4 de 5 logements
Transformation sur un îlot parisien, entre densité et intimité
Le projet se situe à Paris, dans le 20e arrondissement, au numéro 37 de la rue du Retrait. Dans un tissu urbain composite, marqué par l’héritage artisanal, les maladresses du siècle passé et la résilience de la vie bellevilloise, le projet redonne souffle à une parcelle auparavant entièrement construite, sans lumière ni jardin. L’immeuble existant sur rue, de petite taille (R+2 + combles) était dans un état insalubre. Le reste de la parcelle était entièrement occupé par un hangar délabré.
L’idée directrice du projet a été de « densifier en allégeant ». Remettre le végétal au centre, en ouvrant les possibles : penser une ville augmentée, plus poreuse, plus fertile, à la fois plus dynamique et apaisée.
On parle souvent de « faire la ville sur la ville ». Ici, le projet incarne cette idée. Il déconstruit pour mieux faire, en gardant les traces de la mémoire des lieux ; de ce qui a vieilli et de ce qui fabrique le contexte. Il s’agit d’un projet démonstrateur, d’un geste doux, précis, intensément pensé – un manifeste discret, qui densifie sans brutaliser, qui ajoute sans écraser, qui transforme sans occulter.
Le projet redonne vie à une parcelle autrefois entièrement construite. Là où il n’existait que trois logements, cinq nouveaux logements ont été créés. L’équivalent d’un quart de la parcelle de pleine terre a été retrouvé là où tout était artificialisé et imperméabilisé. La végétalisation s’est étendue en toiture, couvrant 75 % des surfaces. Le projet crée de la mixité en faisant coexister sur une même parcelle logements, local d’artisanat et bureaux.
La mitoyenneté invite à repenser la densité urbaine, démontrant sa grande efficacité pour créer des espaces compacts et qualitatifs dans une intimité dense. À l’inverse d’un système en plots, que l’on retrouve souvent en ZAC et qui engendre des bâtiments épais où les escaliers sombrent dans l’obscurité, l’approche par la mitoyenneté encourage une intervention mieux adaptée à l’environnement existant. Ici, tout est traversant. La lumière circule d’est en ouest, elle se filtre, elle se reflète, elle ruisselle, se tamise. Dans ce projet, les escaliers droits et les paliers d’étage, bien que de couleur noire, sont baignés de lumière naturelle et de végétation. De jour comme de nuit, les espaces changent d’humeur – le bâtiment devient atmosphère.
Derrière le portail en Corten, un porche en demi-ombre, traversé par les premières feuilles de métal, guide le pas. L’entrée des bureaux se dérobe au regard et annonce la présence camouflée d’une activité en retrait. Le choix de l’implantation en retrait des gabarits de bureau par rapport aux mitoyennetés permet de dégager des espaces traversants donnant sur des « micro-espaces » et des cours-jardin. Cette couture offre la possibilité de profiter « d’intérieurs extérieurs », une configuration que l’on retrouve dans de nombreux projets de l’agence. Ces espaces, partiellement ombragés tout au long de la journée, génèrent la fraîcheur tant recherchée.
Un îlot de fraîcheur, au sens plein du terme, s’est installé : sol en pleine terre, murs tapissés de grimpants, ventilation naturelle, brise du vent dans les patios, filtres Corten, protection solaire d’un feuillu, inertie thermique de la terre. La biodiversité est revenue en trois mois. Les oiseaux nichent aux alentours ; les papillons tournent. La nature participe à l’ambiance, à la qualité d’usage, mais aussi à l’expérience sensible du temps qui passe et de la vie qui continue de se développer, jour après jour. La densité de l’îlot contribue également au confort et à la fraîcheur, grâce à l’ombre portée des bâtiments entre eux qui limite ainsi l’exposition directe aux rayons du soleil. Cette disposition est particulièrement bénéfique dans les zones de bureaux pour le confort des usagers travaillant sur écrans.
Les intérieurs des bureaux, marqués par des couleurs sombres et profondes et une architecture ouverte, s’effacent pour mieux mettre en scène le végétal, révélant la richesse du contexte environnant existant. L’organisation intérieure est à l’image du projet : fluide, soignée, attentive. Les bureaux s’organisent autour de la cour, dans l’esprit d’un atelier, d’un lieu de fabrique, d’un creuset en ébullition où l’on se croise et échange dans différentes configurations. Les bureaux sombres et calmes jouxtent les logements, blancs et traversants.
Tous les logements, même les plus petits, sont pensés comme de véritables maisons d’architecte. Le projet intègre trois typologies de logements : un T1, un T1bis, deux T2 et un T5. La matière du travail est là : le grain du bois, la rugosité du béton-pierre, la lumière généreuse. Les circulations sont fluides, ponctuées de vues lointaines, de fenêtres cadrées et de végétal. Les salles de bain et certains WC sont éclairés naturellement. Le parquet en chêne, la composition en volume (et non en cloisonnement) et les meubles intégrés sur-mesure contribuent à une ambiance chaleureuse et à un véritable confort domestique. Chaque joint, chaque jonction, chaque seuil relève d’une intention. Rien n’est laissé au hasard, même le numéro 37, gravé dans le béton.
En creux, le projet interroge une question majeure de l’architecture contemporaine : comment produire de la qualité, de la beauté, de l’hospitalité dans un monde urbain saturé et contraint ? Le projet tente une réponse par la cohérence et l’engagement. Ici, l’agence est aussi maître d’ouvrage. Elle s’impose ce qu’elle recommande aux autres. Elle choisit le bien-être à la maximisation.